Nyonnais, vous êtes des nôtres!
ÉDITORIAL | 10h34
PIERRE RUETSCHI, RÉDACTEUR EN CHEF | 12 Septembre 2007
Chers élus vaudois, chers Nyonnais,
soyons clairs et pragmatiques. L'avenir de Nyon passe par Genève. Et le mariage est inéluctable. Un mariage pas forcément d'amour, mais de raison en tout cas. Car l'intérêt d'une telle union serait largement partagé.
Intérêt financier pour Genève qui pourrait enfin taxer à son profit ces quelque 15 000 pendulaires du district qui chaque jour viennent travailler dans un canton créateur d'emplois. Genève, l'incontestable capitale économique d'une vaste région franco-valdo- genevoise, pourrait enfin offrir aux multinationales et autres entrepreneurs un paquet comprenant lieu de travail, espace de vie et logement dans un même canton. La fin d'un douloureux casse-tête pour les promoteurs de la Genève entrepreneuriale. Le district de Nyon n'aurait plus à craindre de se muer en cité-dortoir puisque les entreprises et organisations internationales viendraient non seulement loger leurs employés en cette sainte terre, mais seraient aussi poussées à y développer leurs activités.
L'essentiel des avantages reviendrait pourtant aux habitants des 47 communes du nouveau district de Nyon/Genève. Fini de vivre en funambule de la frontière, de devoir jongler avec deux administrations, avec de multiples et ruineux abonnements de transports, avec deux systèmes scolaires non harmonisés, avec des sujets de votations qui paraissent appartenir à une autre planète. Un bon quart de la population nyonnaise est étrangère, un profil qui se rapproche de celui des Genevois.
Dans une Suisse romande gangrenée par son morcellement, malade de ses ridicules guerres de civilisations par-dessus la Versoix, l'extension genevoise provoquerait une puissante dynamique pour constituer, enfin, cette région de l'arc lémanique qui n'a d'avenir que si elle est une.
Nyon, c'est Genève: l'histoire d'une «évidence» médiatique
FRANÇOIS PILET | 08 Septembre 2007 | 00h05
Nyon est-elle plutôt genevoise ou vaudoise? Pour les régies fédérales, le dilemme est résolu depuis une éternité. Si l'on en croit son préfixe téléphonique comme son code postal, Nyon est de facto territoiregenevois.
L'histoire de cette enclave 022 au pays du 021 met à elle seule en lumière les relations privilégiées entre Nyon etGenève. A l'époque des premières lignes téléphoniques, il y a un siècle, les abonnés étaient reliés les uns après les autres au central le plus proche, et ce en fonction de la demande plutôt que selon les limites cantonales. A ce jeu-là, les clients de Nyon se sont retrouvés reliés au central genevois bien avant que le cuivre ne les rejoigne par Lausanne. D'où le 022 actuel.
La Poste, quant à elle, a fait son choix en 1964. A l'époque de l'introduction des codes postaux, «il a bien fallu définir une limite entre les zones attribuées aux centres de tri de Genève et de Lausanne», explique la porte-parole de la Poste, Nathalie Salamin. Pour la régie, faire transiter le courrier par le bout du lac jusqu'à Rolle était tout simplement «une question de logique». D'où le 1260.
C'est une même «évidence absolue» qui s'est imposée à Joseph Crisci, le directeur du quotidien 20 minutes , à l'heure de dessiner la zone de distribution de son gratuit. Dans son jargon, la «zone économique 11», qui rassemble Genève et le district de Nyon, est reconnue et appréciée ainsi par les publicitaires. Résultat: le Matin Bleu et 20 minutes y distribuent leur édition genevoise. Et tant pis si les intérêts des lecteurs sont effectivement un peu plus divers. Joseph Crisci, qui a dirigé pendant onze ans le quotidien La Côte , peut se permettre un résumé à la hache: «Sur la politique, les Nyonnais regardent le Château, mais pour l'économie et le sport, c'est plutôt Genève qui compte.»
Télévisions locales en jeu
Reste donc un dernier partage à effectuer: celui des télévisions locales. Sur ce point, la ligne de démarcation est encore floue entre les deux groupes qui cherchent à mettre la main sur la zone. Côté genevois, c'est le groupe français Hersant, éditeur du quotidien La Côte , qui s'étend sur le câble avec Léman Bleu. Depuis Lausanne, Edipresse, éditeur de 24 heures , aimerait englober Nyon dans sa future télévision locale vaudoise. Le Département fédéral de la communication devait trancher, au début de l'année, en délimitant les zones concessions accordées aux diffuseurs. Dans le cas de Nyon, l'administration a justement décidé de ne rien décider en faisant se chevaucher les deux concessions genevoise et vaudoise, laissant ouverte l'issue de ce bras de fer médiatique.
Nyon et Genève, une histoire divisée
09h07
Les hasards politiques n'ont guère été favorables aux rencontres. C'est l'économie qui a tout changé depuis les années 50.
Nyon et Genève ont-elles le même avenir? Peut-être. Nos pages précédant le débat prévu pour le 13 septembre (2007) traceront des pistes. Nyon et Genève possèdent-elles la même histoire? Certainement pas!
Tout commence ainsi par une divergence. Sur les hauteurs de Saint-Gervais, les hommes du néolithique faisaient déjà du feu, ignorant qu'une cité prendrait un jour leur place. La Colonia Julia Noiodunum, en revanche, créée vers 45 av. J.-C., constitue une fondation autoritaire. Il s'agit d'une ville de prestige, alors que Genava reste un port de commerce. Notons enfin que les deux agglomérations ne font pas partie de la même province romaine.
Marbres volés
Avec les invasions barbares, Nyon entre dans ses siècles obscurs. Les Genevois volent ses marbres. Il s'agit d'édifier au plus vite leurs fortifications. Viendra bientôt la première cathédrale. La petite Genève gère désormais un immense évêché.
On vous passe quelques siècles pour arriver au bas Moyen Age. La région connaît l'irrésistible montée d'une famille, les Savoie. Ils s'emparent du Pays de Vaud, où Nyon reste une bourgade. Dominent-ils aussi Genève? Ils voudraient bien. Complexe, la situation tient de la partie carrée. A côté des comtes, puis ducs de Savoie, il y a les comtes de Genève sur le déclin, l'évêque et les bourgeois, dotés de franchises depuis 1385
Route hasardeuse
La Réforme brasse les cartes et refait la carte. Avec un mouvement en spirale, les Bernois conquièrent en 1536 la majeure partie des territoires savoyards. Ils n'en rendront qu'une portion en 1564. Vaud constitue désormais leur bailliage. Leur colonie. Nyon reçoit ainsi son château, aujourd'hui restauré façon meringue.
Entre Genève et Nyon, la route peut alors sembler hasardeuse. Ville forteresse, Genève ne possède plus que des terres éparses, «héritées» de l'évêque, dont Céligny. Voilà qui permet à la France de se glisser jusqu'au lac. A Versoix.
Elle tentera ainsi, au XVIIIe, d'édifier des villes fortes, genre Port-Choiseul. Mais le roi est allié des Bernois et il a besoin des soldats suisses comme des banquiers genevois. Alors…
Idylle identitaire
Ce ne sera pas une mince affaire que de désenclaver Genève pour en faire un canton en 1815. Talleyrand ne veut pas abandonner les catholiques. Les Nyonnais, eux, ont la tête ailleurs. Depuis 1803, ils font partie du nouveau canton de Vaud, en pleine idylle identitaire. «Liberté et Patrie»! Le major Davel en attendant le général Guisan. Genève éprouve davantage de peine à se sentir helvétique.
Depuis les années 50, Genève et Nyon se sont physiquement rapprochées. Il s'est beaucoup construit entre les deux. Les pendulaires ont apparu, mettant Nyon à l'heure genevoise. Pour les Alémaniques, observateurs plus lointains qu'au temps des Bernois, il se dresserait même une seconde barrière helvétique. Après les röstis des bords de la Sarine, il y aurait le papet vaudois. A Nyon, on regarde vers Genève et au-delà vers Paris. A Morges, on lorgne Lausanne, puis la capitale. Point de vue fictif ou véritable strabisme divergent?